Métamorphose d'une réserve naturelle – retour sur le terrain

Ces 11 et 12 novembre 2010, je suis retourné à la RN du Pierreux, pour tenter de comprendre les effets de cette gestion ovine mise en place, et les éléments du plan de gestion transmis par le responsable du Life Hélianthème.

L’intervention mécanique (forte) qui a été menée était nécessaire dans l’optique du maintien du site. Les justifications sont diverses, et l’attachement de naturalistes locaux à ce site en fait certainement partie.

Concernant le choix de la gestion ovine, je n’ai aucune compétence dans ce domaine, mais au premier coup d’oeil, n’importe qui se rend compte que les moutons ne mangent pas les repousses de bouleau, qui atteignent 60 cm cet automne. Même constat pour les prunelliers, ceux qui n’ont pas été coupé par la gestion mécanisée, sont toujours là. Idem pour leurs repousses.   Si la gestion ovine apporte un vrai bénéfice à la gestion des poacées, elle ne règle en rien le problème majeur qu’est l’envahissement par le bouleau.

Après ces  visites sur le site ces 11 et 12 novembre, je constate que les 42 ares (100% de la superficie) ont été débroussaillés (en 2009), les haies amincies de moitié pour y faire passer la clôture, les bosquets résiduels complètement rasés.  Du coup, tous les pieds de Helleborus foetidus dont les premières floraisons en mars assuraient l’alimentation de Anthophora plumipes ont été perdus.

Extrait du plan de gestion (communication du responsable Life Hélianthème) :

<< Alors que les zones débroussaillées en 2009 seront pâturées chaque année dans un premier temps (pâturage  » intensif  » durant une courte période, qui a en fait l’effet d’une fauche), la zone la plus diversifiée ne le sera qu’une année sur deux, afin de maintenir des faciès de structures variées et créer des zones refuges pour la petite faune.>>

Concernant la « zone la plus diversifiée », les critères de désignation de cette zone (laquelle ?) me sont inconnus.

Anciennement, 3 zones principales étaient généralement distinguées (les répartitions des orchidées datent de 2006)

1) A l’entrée, une zone à colchique et à orchidées (1/5 de la superficie totale) : Orchis mascula (plusieurs dizaines début mai),  Aceras anthropophorum (10 – 30 pieds), Coeloglossum viride (quelques pieds en 2002, aucun en 2006), ces 2 dernières espèces localisées sur quelques mètres carrés.

Dans la prairie elle même :

2) une zone sèche à bouleaux (un pied de Ophrys apifera observé en 2002), environ 2/5 de la superficie totale.
3) une zone plus humide, avec une cuvette, envahie par les prunelliers, 2/5 également.

Dans cette dernière zone, Platanthera chlorantha (80 – 100 pieds), et Listera ovata (plusieurs centaines de pieds).

Deux autres zones sont encore à distinguer :
4) Dans la zone boisée en bord de route, Neottia nidus-avis et épisodiquement, quelques pieds de Ophrys insectifera, et plutôt en bord de route.

5) Dans la partie purement forestière de la réserve, disjointe de la pelouse calcaire, entre 20 et 30 pieds de Cephalanthera damasonium.

La zone humide étant la plus riche en espèces végétales, je suppose que c’est cette zone qui est considérée comme la plus diversifiée.

Mais toutes les zones étant uniformément rasées, comment parler de « faciès de structures variées » et de zones refuges pour la petite faune dans une zone qui serait « plus diversifiée » mais néanmoins pâturée un an sur deux (zone à délimiter et à protéger via une clôture mobile je suppose) ?

Un an sur deux, les 42 ares seront donc totalement pâturés.

Imaginons maintenant que c’est la zone sèche, avec les bouleaux qui est la plus diversifiée.

C’est dans cette zone que pousse abondamment une merveilleuse mellifère, Centaurea species ! Floraison longue et abondante, qui attire Bombus campestris, Bombus lapidarius, Bombus groupe terrestris, 2 Megachile, et tous les papillons recensés sur le site. C’est la zone qui sera pourtant pâturée chaque année, alors que la majorité des floraisons de la zone plus humide se terminent.

L’ancien plan de gestion prévoyait une rotation de 3 ans, sur ces 3 zones, mais dans les faits, c’était plutôt une rotation de 2 ans. Une année sur la zone sèche à bouleaux (côté route) + intervention légère (ronces) dans la zone à colchiques, l’autre année sur la zone plus humide à prunelliers (côté prairies).  Ces interventions se faisaient avec une bonne débroussailleuse.   Cette gestion, faite fin octobre – début novembre, assurait une floraison continue de la réserve, depuis les orchidées en avril jusqu’aux gentianes et colchiques en septembre – octobre.

J’ai ajouté à l’inventaire Life de 2009 des papillons et plantes le statut actuel de protection, UICN et région wallonne. Les orchidées sont bien évidemment les plantes les plus menacées, seule Gentianella ciliata n’est pas de cette famille. Le tableau des relevés 2009 ne fait d’ailleurs pas mention de l’autre Gentiane, Gentianella germanica.  Ces 2 gentianes sont (étaient) présentes dans la partie de la réserve qui  est envahie par les bouleaux.

D’après mes observations (4 années – 2002 à 2005, via photos) :

+ la Gentiane ciliée fleurit (floraison complète) entre le 18 septembre et le 15 octobre. La flore bleue indique une période de floraison de juin à octobre.
+ la Gentiane d’Allemagne (bisannuelle) fleurit (floraison complète) entre 04 septembre et fin septembre. Des tiges séchées sont encore visibles vers le 30 octobre.  La flore bleue indique une période de floraison de août à octobre.

Je n’en ai retrouvé aucune trace (hampes florales séchées) de ces deux gentianes.

Trop tard ? Mauvaise année ? Effet du pâturage aoûtien ?

Aucune trace non plus de Genista pilosa, qui était relativement abondant dans le haut de la zone à bouleaux

La zone située tout à l’entrée de la réserve, où maintenant un frêne et un fusain malingre sont les seuls ligneux encore debout, abrite ou abritait une belle plage de colchiques, qui  fleurissaient à la mi-septembre. Il est bien sur trop tard pour tenter de retrouver des traces de la floraison, mais le colchique est-il dangereux pour les moutons comme il l’est pour les chevaux ou est il brouté ? Je n’ai pas la réponse.

Le plus ironique, c’est que tout le bord de cette zone, côté route, était fauché hâtivement par un ouvrier communal roi de la barre faucheuse, fait dont le conservateur se plaignait chaque année, les bords de route étant en fauchage tardif. L’effet était pourtant très bénéfique pour les colchiques comme en témoigne cette photo.

Ma question initiale, comment justifier une telle gestion, reste toujours sans réponse.

La simple évocation de la non intervention relève pour beaucoup de l’hérésie, pourtant que d’énergie et de ressources dépensées et à dépenser, pour 42 ares, sur un terrain qui reste propriété communale (info du SIBW).

Pierreux 11 novembre 2010 - zone à bouleaux vue du haut

Pierreux 11 novembre 2010 - zone plus humide vue du haut

Pierreux 11 novembre 2010 - zone à bouleaux vue du bas

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